Tarik Ibn Zayed

Tous les dictionnaires rapportent que Tarik Ibn Ziad est un chef d'origine berbère. Dans le monumental « Histoire des Berbères » de A. Ibn Khaldoun, T.1 p. 215, nous lisons en bas de page la note suivante : « Selon un auteur cité dans El Bayan el-Moghrib, Tarik était Berbère et appartenait à la tribu des Oulhaça ».

Toujours selon A.Ibn Khaldoun, « La tribu des Nefzaoua fournit un grand nombre de branches berbères telle celle des Oulhaça… Toutes ces grandes familles descendent d'Itouweft fils de Nefzao…Parmi celles-ci les Oulhaça se composent d'un important nombre de Maisons qui dérivent des aïeux : Tidghas et Dihya, tous deux fils de Oulhas… » (Op. cité, T 1, pp 171-172).

Par ailleurs un évènement de grande importance intervint entre -507 et -504 a.v. J.C. : au moment où les grandes tribus du Maghreb se réorganisaient, il y eut un mouvement considérable de populations ; même les Doriens, venus de Grèce, finirent de s'installer en Syrte, sur le littoral Libyen. Ce fut sans doute à cette époque que les Oulhaça, alliés fidèles de Carthage, décidèrent de retourner sur leurs terres natales, autour de l'embouchure de la Tafna, qu'elles occupent encore de nos jours. De là vient qu'on les rencontre aux grandes étapes de l'histoire : sous la bannière d'Hannibal, ils servirent Carthage jusqu'à parvenir aux portes de Rome ; avec Tarik Ibn Ziad, l'enfant du pays, ils constituèrent le gros des guerriers Berbères qui répandirent l'Islam en terre Ibérique ; environ quatre cent cinquante ans plus tard, ils donnèrent de grands officiers de l'Empire au Mehdi Almohade, leur compatriote Abdelmoumène Benali, le Flambeau de l'Islam ; puis ils s'illustrèrent- de fort belle manière- sous l'étendard du Oulhaçi, l'intrépide Général Bouhmidi, Commandant les armées de l'Emir Abdelkader !

Lorsque vers 699 le célèbre général Hassan - celui qui connut la renommé du temps de notre héroïne nationale la Kahena - refusa, par honnêteté, le commandement du Maghreb que lui offrait le Calife El-Ouélid, ce fut Mouça Ibn Noceïr qui reçut le gouvernement de l'ifriqiya……

A titre d'illustration, nous lisons chez En-Nouweri que Mouça Ibn Nouceïr envoya un jour ses fils en campagne, en Ifriqiya, dans deux directions opposées ; très vite ils lui amenèrent, chacun, 100.000 prisonniers Berbères ; lui-même marcha ensuite dans une autre direction et revint avec le même nombre de captifs ! Ainsi, ces trois messieurs, capturèrent, en une seule fois, 300.000 Berbères. Inouï !

A lire ce même En-Nouweri (encyclopédiste Egyptien du XIV ème siècle) ou bien Ibn El Hakem, El Leit Ibn Sâd, ainsi que d'autres encore nous sommes de ceux qui pensent que l'histoire de nos ancêtres telle que rapportée par ces chroniqueurs est tout simplement intolérable !...

« - Mouça Ibn Nouceïr, écrivit l'un d'eux, fit une expédition contre Tanger, attaqua les Berbères lesquels, pour éviter la mort, firent leur soumission…Il leur donna un chef et accorda à Tarik Ibn Ziad - un converti de fraîche date selon toute vraisemblance - le gouvernement de Tanger et de ses environs ».

Nous savons que Tarik s'y installa avec un corps de troupes berbères Ghomara ; « un petit nombre d'arabes restèrent avec eux pour leur apprendre le Saint Coran et les devoirs de l'Islamisme ».

Selon Ibn El Hakem même le comte Julien, seigneur d'Algésiras, adressa lui aussi une lettre à Tarik par laquelle il se déclarait prêt à reconnaître son autorité et l'invita à venir le trouver. Il lui décrivit l'état de l'Espagne et le pressa d'accourir à son secours !

Le Calife El-Ouélid donna son consentement à une telle expédition : désignant Tarik chef des armées, il transmit ses ordres à Mouça Ibn Nouceïr. Ce dernier, en qualité de gouverneur du Maghreb, confia à Tarik Ibn Ziad la direction de l'avant-garde musulmane et l'envoya en Espagne à la tête d'une nombreuse troupe de soldats Berbères.

Parmi ceux qui s'embarquèrent il y avait bien évidemment les Oulhaça, les Koumia, les Béni Snous, les Ghomara et, surtout, les Médiona ; cette grosse tribu Berbère, tout récemment convertie du Judaïsme, habitait le territoire qui bordait- du côté ouest- celui des Maghraoua. Les Médiona vivaient dans les monts de Honaïne, Sidi Ouchaâ, Ghazaouet mais s'étendaient surtout vers l'actuel Maroc ; du reste, au midi d'Oujda une montagne porte leur nom.

On sait que les Médiona sont une branche issue des Zenata au même titre que les Beni Ouacine et leurs multiples ramifications. A. Ibn Khaldoun précise (Berbères, T1, p.250) « qu'un grand nombre de Zenata passa en Espagne sous Tarik et ils y devinrent très puissants »….

Depuis lors il vola de victoire en victoire. Roderic, le roi Wisigoth, rassembla une armée de cent mille hommes dans l'espoir de s'opposer à la marche triomphale du héros Oulhaçi… Nous sommes en 711, avant de quitter Tanger « Tarik Ibn Ziad avait placé un corps de troupe que les Ghomara s'étaient obligés à lui fournir…Passé en Espagne, il frappa les Ghomara de nouvelles réquisitions en hommes ». (A.Ibn Khaldoun, op.cité, T2, p.136) - De sorte que ces renforts venaient compléter « l'armée musulmane de Tarik qui compta 12.000 Berbères Maghrébins, 27 volontaires arabes et une dizaine d'enfants » favorisés de la providence. (Ibn Khaldoun, op.cité, T1, p.125)

Roderic vint à la tête de ses combattants pour livrer bataille. La rencontre eut lieu prés de Sidona, le 28 ème jour de Ramadan - 19 juillet 711. Une semaine de combat suffit pour mettre en déroute les hommes du roi Wisigoth lequel, dit-on, fut noyé dans le lac Léka ; « il ne restait de lui que son cheval gris, portant une selle ornée d'or, de rubis et d'émeraudes… »

Et Tarik continua sa marche irrésistible ; il prit Ecéja où une source porte le nom de Aïn Tarik. De là, il répartit son armée en grandes unités qui se dirigèrent vers des points stratégiques : l'une d'elles rallia Cordoue, les autres rejoignirent respectivement Grenade, Malaga et Murcie. Tarik regagna Tolède à la tête d'un nombre important de soldats.
Tous les détachements progressèrent conformément au plan établi par leur général ; « celui-ci, se présentant devant Tolède, trouva la ville déserte; il y installa quelques-uns de ses compagnons ainsi que des familles entières d'Israélites qui s'étaient placées sous sa protection ». A la suite de quoi, il reprit sa marche vers Oued Al-Hadjra (Guadalajara, sur la Manche), traversa le défilé dénommé depuis Fedj Tarec (celui-ci est dominé par une bourgade qui porte encore de nos jours le nom de Buitrago - une altération de Bab Tarec) et finit de revenir à Tolède « appelée également Madinet al-Meïda laquelle, comme son nom l'indique, était la ville où se trouvait la Table de Salomon » (Fils du roi David, constructeur du premier Temple de Jérusalem v-970 à -931 a.v.J.C.)…

Resté en Ifriqiya, Mouça Ibn Noceïr apprenait chaque jour - « avec un énorme dépit envieux, - les hauts faits d'arme du glorieux général Tarec »… Il dut ressentir une profonde jalousie lorsqu'on lui relata le songe que fit Tarec au cours de la traversée du détroit qui porte depuis son nom ; une violente colère le saisit quand ses émissaires lui décrivirent, d'une part, l'accueil fait par le peuple espagnol au généreux chef berbère, et d'autre part les triomphes fulgurants de ses vaillants guerriers maghrébins sur le sol ibérique. Le gouverneur Mouça décida d'une expédition et, en 712, conduisit une armée en Espagne. Certes, il remporta des villes ainsi que des places fortes à la tête de ses troupes constituées, répétons-le, exclusivement de berbères ; toutefois, il subit de graves revers ; les Espagnols, dans certains cas, taillèrent en pièces un nombre important de musulmans notamment à Bordj Chouhadas (La Tour des Martyrs). Il est établi que les échecs essuyés par nos armées sous la conduite de Mouça Ibn Nouceïr, comparés aux victoires éclatantes obtenues par Tarec, attisèrent les sentiments d'envie et de haine que le gouverneur ne cessait de vouer au général Oulhaçi.

Au mois de Choual 712, Mouça quitta Mérida pour se rendre à Tolède. Par courtoisie, Tarec décida de partir à sa rencontre. Animé de sentiments chevaleresques, le preux combattant de la foi – dans un geste empreint de dignité, descendit de sa monture afin de recevoir le représentant du Calife dès que celui-ci arriva enfin.

Or Mouça, sans crier gare, eut un comportement indigne d'un commandant si haut placé. Il tenta d'humilier le général Tarec devant les soldats musulmans assemblés.

Ouvrons ici une parenthèse : nous sommes tentés de croire que si ce jour-là Tarec parvint à se retenir pour finir par se dominer, c'est qu'il dut faire passer les devoirs de sa religion, l'intérêt des musulmans et le respect du Calife - Emir des croyants, avant ses ressentiments personnels. Car rien ne nous interdit de penser que Tarec, Berbère de noble extraction, homme d'honneur, de vaillance et de bravoure aurait réagi autrement : peut-être serait-il allé jusqu'à suivre l'exemple de son illustre compatriote, le Grand Roi Koceïla quand celui-ci fut insulté et maltraité par Oqba !) Ensuite, Mouça exigea de Tarec la remise du butin ramassé y compris, bien entendu, la précieuse Table de Salomon. Précisons, tout de même, que « l'un des pieds de la fameuse relique avait été enlevé puis caché par Tarec ; Mouça l'ayant interrogé à ce sujet eut pour réponse qu'on l'avait trouvé ainsi…Aussi ordonna-t-il qu'on y fit mettre un nouveau pied en or…»

Quelque temps plus tard « Mouça reçut un messager qui lui porta l'ordre de quitter l'Espagne et de l'accompagner auprès d'El-Ouélid. Il évita d'obtempérer sur-le-champ, se contentant de temporiser jusqu'à ce qu' un autre envoyé vint lui enjoindre de presser son retour ».

En cours de route, il fut rejoint par Tarec qui arrivait de l'Aragon. Usant de rouerie, il obligea « le brillant officier à l'accompagner en Orient à seule fin de laisser la voie libre à son fils Abdel Aziz Ibn Noceïr pour commander l'Espagne ; puis, après avoir débarqué à Ceuta, il confia à son autre fils Abdelmalek le commandement de cette ville, de Tanger et de ses régions, pendant que son fils aîné, Abdellah, fut chargé de gouverner l'Ifriqiya (Tunisie) et les pays avoisinants ».

Et les chroniqueurs de surenchérir :

« - Il prit alors la route de Syrie emmenant avec lui 30.000 jeunes vierges, filles de princes des Goths et de leurs chefs, et emportant les dépouilles de l'Espagne, la Table de Salomon ainsi qu'une quantité immense de pierreries et d'autres objets précieux… »

Lorsque Mouça se présenta devant le Calife, il étala avec ostentation une partie de ce « qu'il avait rapporté, sans oublier le meuble de valeur. Néanmoins, Tarec qui l'accompagnait revendiqua haut fort l'honneur d'avoir pris la Table de Salomon ».

Mouça, sans perdre de sa morgue, affirma le contraire avec une mauvaise foi évidente. Sur ce « Tarec pria El-Ouélid d'interroger Mouça sur ce qu'était devenu le pied manquant (et qui fut remplacé sur ordre du gouverneur) ; comme Mouça n'en avait aucune connaissance le général Tarec fit alors voir au Calife le pied authentique en lui expliquant que suspectant le Gouverneur de jalousie et de mensonge, il avait - pour cette raison - enlevé puis caché le pied de la Table de Salomon ».

En-Nouweri nous apprend qu'après la mort d'El-Ouélid son successeur le Calife Soulimane, qui n'aimait pas Mouça Ibn Nouceïr, confia le commandement de l'Ifriqiya à un Qoraïchite Mohammed Ibn Yazid en 714-715. « On emprisonna Mouça Ibn Nouceïr et on lui imposa une très forte amende, d'après Ibn El Hakem »… Soulimane donna ensuite « l'ordre d'arrêter la famille et tous les dépendants de Mouça Ibn Nouceïr » ; le fils de ce dernier, Abdellah Ibn Nouceïr, sera décapité. Certains chroniqueurs affirment, sans toutefois apporter de preuves tangibles, que Tarec fut mis aux arrêts par Mouça Ibn Nouceïr avant la mémorable entrevue avec le Calife El-Ouélid, lequel lui aurait rendu sa liberté après le dénouement de l'affaire de la Table de Salomon.

Homme d'une honnêteté intact Tarec Ibn Ziad, dont la vie et l'œuvre sont dignes d'être honorées et admirées, eut l'âme remplie de tous les grands sentiments moraux. Général intègre et probe, personnage exemplaire de devoir et de sacrifice, ce conquérant vertueux fut guidé par la Volonté de Dieu et l'amour de son Prophète Mohammed qui lui ordonna « d'avancer et d'accomplir son entreprise ».

Avait-il, comme certains de ses pairs, refusé les honneurs et les commandements à seule fin de se consacrer uniquement à ses dévotions ? Lui qui venait de l'occident du monde, parvenu si proche de la Mecque et de Médine, peut-être finit-il de choisir d'y demeurer, abandonnant tout pour mener une vie de piété et tenter de rester un homme pur ?..........

Source: Le Quotidien d'Oran - Par Omar DIB

voir aussi cette rubrique sur le site:

http://www.jijel.info/modules/news/article.php?storyid=4414

                                        ou

http://www.aitsadden.com/index.php?option=com_content&task=view&id=167

Commentaires (1)

1. kutamien (site web) 08/06/2009

http://benizoundai.dzblog.com/article-248500.html

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