Sidi Djama Agharem

Note sur les ruines situées au lieu dit « Sidi Samegran »

    Sur un promontoire rocheux, situé, à vol d’oiseau, à 4kimètres ouest de l’embouchure de la Tafna(1) et dominat la mer à une hauteur moyenne de 30mètres, on remarque des ruines qui laissent supposer qu’une ville y subsiste aujourd’hui  la modeste haouita de «  Sidi Djama Agharem ». La koubba, de dimensions très réduites, fait une tache blanche sur un sol noirci ; des pèlerins la visitent, ils sont rares et isolés, en raison peut-être de l’accès difficile du lieu, dont l’éxiguité  me permet, en outre, aucun rassemblement important.

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     J’ai vu, une fois, Sidi Aissa, notable vénérable de la région, gravir, à la tombée du jour, le sentier périlleux établi sur le flanc des falaises abruptes ; son retour, dans l’obscurité, était envisagé avec beaucoup de craintes par ses collègues de la djemaa, à tel point que deux jeunes gens agiles furent envoyés, munis de lanternes, pour lui signaler le chemin. Répond aux reproches que je lui adressais sur sa témérité, mon ami Aissa me fit simplement connaitre qu’il avait tenu à allumer, sur le tombeau du saint, une bougie qui brulerait toute la nuit, dans le soir mélancolique, que troublerait uniquement le clapotis  des vagues sur la grève, et les conversations étouffées des indigènes autour des braises du cafetier maure ambulant, je rêvais d’une ville endormie, dont le navre était signalé aux navigateurs retardés par le bon cheick à barbe blanche, prêtre d’un temple de Mèsha ou de Kamosh.

    Dans son ouvrage Nédromah et les traras, R.Basset écrit sur la haouita de Sidi Djama Agharem : « on raconte qu’au-dessus de la koubba est une ville arabe dont il est resté des ruines, mais la plus grande partie a glissé dans la mer, le nom de ce personnage est assez singulier. Il signifie : « Monseigneur de la mosquée de la ville ».

    Les ruines s’étendent sur des milliers de mètres carrés ; la ponte sur laquelle son les retrouve est battue pars les flots et il est fort vraisemblable qu’au cours des siècles,  une partie des terres s’est effondrée dans la mer. Le roc est parfois très friable ; ainsi, il est possible que des abris creusés dans la falaise au niveau des eaux, reliés à la ville par des escaliers souterrains, aient hâté ce travail de destruction locale.  Dans une anse, un petit ilot présent des cavités aux formes régulières : les indigènes prétendent qu’on doit y voir les vestiges d’ancien silos. Il se pourrait cependant que ces trous arrondis aient été creusés par le frottement des galets sans cesse roulés par les vagues pendant les mers agitées. Quoiqu’il en soit, d’autres peuples, avant les berbères de la région, ont habité cette ville. Rien n’émerge du sol, mais, au ras de la terre, on distingue nettement les fondations en pierres des maisons, le tracé régulier des rues et, au sud, les assises de puissant remparts troués par une grande porte(2). Des débris innombrables de poteries anciennes jonchent le sol. En creusant dans l’intérieur d’une maison, à une profondeur de 25 à 30 centimètres, le squelette d’un homme est apparu, les jambes repliées dans le sud, à la hauteur de la plage des Zouanifs, est donné depuis fort longtemps.

    Plus loin, dans l’Ouest, distant d’environ trois kilomètres, se trouve, sur le bord de la mer un lieu dit « Souk Akdim » : le vieux marché. Comme la ville et le cimetière il serait déserté depuis un temps immémorial. Il est curieux de constater combien la tradition s’est conservée ; bien que l’accès en soit malaisé un indigène m’y a conduit sans hésitation, mais les pluies et les vents de tempête ont tout balayé et je n’au pas recueilli le moindre vestige(3).

    Quelle était cette ancienne ville ? On pourrait songer, peut-être, à la « Mès » de Scylax, qui fut probablement un comptoir phénicien ou Carthaginois qu’on ne saurait identifier avec portus Sigensis ou Akra. On retrouverait ici la conception phénicienne : établissement sur un cap permettent la création de deux ports avec des orientations opposées. Toutefois cette supposition est fragile et l’on ne peut s’y arrêter longuement. Par contre, il me parait probable que nous nous trouvons en présence des ruines de « Siga Municipium » ; cette ville est nettement signalée dans l’Itinéraire d’Antonin comme étant à 4 kilomètres .500 de portus sigensis (Rachgoun) et à 12 Kilomètres de portus Cacilii (Mersa Ourdania). Mac Carthy l’a confondre avec les ruines de l’ancienne Siga, le Takembrit actuel, sur les bords de la Tafna : cet historien semble ne s’être livré à cette supposition qu’à contre-cœur, sachant bien que l’Itinéraire n’indiquait que les villes du littoral, mais ignorant lui-même les vestiges de Sidi Samegran.

    Le géographe de Ravenne nous signal à son tour.

    Siga minicipium a-t-elle donc été, à l’origine, un comptoir sémitique(4), rival autorisé des comptoirs phéniciens de Rachgoun et Ourdania et se repérant de loin par le pic voisin de djebel Keltoum (364m.) si l’on admet que, plus tard, l’embouchure de la Tafna était commandée par une forteresse carthaginoise, a-t-elle été le port par ou les tribus de l’intérieur trafiquaient avec Rome ? Par la vallée de la Tafna et par Takembrit son accès est, en effet, très facile et préférable à Camarata, Ourdania ou Honai. A-t-elle remplacé Siga Takembrit que Strabon trouve en ruines en l’an 18 sa situation incontestablement plus salubre ; de plus, elle est au débouché d’une petite vallée fertile dont les pentes sont aujourd’hui encore, couvertes de vergers et ou les sources sont fraiches et abondantes : cette riante végétation et la mer compensaient ainsi tout ce que l’agglomération, pressée sur un rocher noir, pouvait avoir de nostalgique en son isolement triste et en sa rudesse sauvage.

    Des fouilles peu profondes, découvrant des pierres et des inscriptions, lèveraient vrai semblablement un coin du large voile derrière lequel dort encore l’histoire mystérieuse des temps anciens de l’Algérie.

                                                                                                            TEISSIER.

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1)     La distance est la meme de cette embouchure aux ruines de Siga-Takembrit.

2)     Ces constructions solides soit loin de rappeler les ruines arabes de Honai ou de Mensourah.

3)     On peut supposer sur ce marché étaient apportées les récoltes abondantes du plateau de Sidi Yacoub.

4)     Sous les règnes de Salomon et Achab, alliés à Hiram et Ithobaal, des colonies semblables aurait peut etre établies sur la coté et, particulièrement dans cette région, à Sidi Noé, à l’ouest de Honai, ainsi qu’à Sidi Youcha, à l’est de Nemours, ou une grande Koubba est encore visitée à la fois par les arabes et les Israélites.   

Source : Revue Africaine ; volume 68 année 1927

                                                                      (Les pages : 258-259-260-261)

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