Route24, d'Oran à Nemours (Ghazaouet)

La route d'Oran à Nemours par mer, beaucoup plus directe que celle de- terre, n'est, quant à présent, desservie que par les bâtiments de l'État, qui ne prennent pas de voyageurs- La création d un porta Rachgoun et l'extension du commerce à Nemours nécessiteront, avant peu, un service régulier de bateaux à vapeur pour ces localités. Le présent itinéraire complète la description de la cote ouest de l'Algérie.

De Mers-el-Kebir au cap Falcon la côte tourne au S. 0., présentant Л la mer une muraille de rochers pendant plus d'un mille ; elle change ensuite d'aspect et de direction, remonte au N.-O., vers le cap Falcon et forme une baie très- grande et très-ouverte, bordée de sables et de falaises , connue sous !e nom de las Aguadas, où le duc de Montemar débarqua en 1732, pour la reprise d'Oran, 20;J. Le joli village bâti près de là en amphithéâtre est celui d'Aïn-el-Turk,

Le cap falcon est très-bas; on trouve à l‘О une baie plus profonde que la précédente, bordée ¿gaiement de plages et de falaises, qui augmentent insensiblement de hauteur à mesure qu'on approche du cap Lindlès; celui-ci est formé par des terres hautes, dont les arêtes se dirigent vers l'intérieur et vont rejoindre la chaîne qui finit à Mers-el-Кеbir ; il est bordé de rochers, qui font seulement le contour ou la ceinture du cap. Vis- à-vis le milieu de la baie, à la distance de 4 milles, il y a un îlot bas qui porte le nom d'île Plane et qui sert de refuge à une quantité considérable d'éperviers.

Du cap Lindlès au cap Figalo, la direction générale de la cote est le S. 0. Les terres sont de moyenne hauteur, assez uniformes, presque toujours appuyées sur des roches au bord de la mer. Le cap Sígale est le point le plus saillant qui existe entre les caps Lindlès et Kigalo; à 3 milles environ du cap Sigale se trouvent deux petites criques nommées par les Arabes Mersa Madar et Mersa ali-bou- Nouar. Au large, à 6 milles, dans la direction N. 0, sont les îles Habiba, qui n'ont rien de remarquable.

En continuant vers le S.O., la côte s'élève ; elle devient escarpée et présente au N. une muraille inaccessible; on y remarque un mamelon appelé Aoud-El-Fras, haut de ;! 70 mètres et visible dans toutes les directions; au S. de celui-ci, un autre mamelon de 40Ü met., visible quand on est au large, se nomme le djebel-Mzaita.

Le cap Figalo est un des caps les plus avancés de la côte; il est très- escarpé, presque taillé à pic; son sommet paraît arrondi, de quelque côté qu'on le regarde : de ce point nu cap Hassa, on rencontre à égale distance le rio-salado des Espagnols, Oued-el-malah des Arabes, le flumen-salsum des Romains; cette rivière n'a donc pas changé de nom ; son embouchure est à l'extrémité N. E. d'une petite baie, dont la pointe S. 0. S’avance beaucoup plus que l'autre.

Le cap Hassa, et mieux Oulhasa, tient à une montagne isolée, voisine de la mer , qu'on distingue à une grande distance ; à 2 milles environ avant d'y arriver, et à l'embouchure de Oued - R'azer, près de Sidi Djelloul, M. le capitaine du génie Karth a reconnu, dit M. Mac-Carthy, les ruines de Camarata; mais, d'après quelques critiques, ce ne serait là que le port de Camarata, portus Cámaratis, représenté par les ruines de Si Sliman, situées à 4 kil, plus haut, sur la rive dr. de oued- R'azer et sur le chemin de Timici, Aïn-Temouchent, à Siga Takebrit, dont le tracé est encore très-reconnaissable. El Bekri dit: «A l'orient d'Archgoul (Raschgoun), est située Aslen, frère en berbère, autre ville à 8 milles E. de l'embouchure de laTafna, sur une hauteur désignée sous le nom d'Oussa. Cette Ville, forte, dont l'origine remonte à une haute antiquité, est entourée d'une muraille en pierre et renferme une mosquée et un bazar. Les habitants appartiennent à la tribu des Mar’ila. Elle domine une rivière qui se jette dans la mer à l’Е, de la place, et sert à l'arrosage de leurs jardins et arbres fruitiers. La muraille d'Aslen est dégradée et ruinée de tous les côtés, par le courant d'une rivière. Abd-er-Rahman, le souverain espagnol, s'étant rendu maître d'El Aslen, la fit rebâtir de nouveau....» Rien n'empêche l'Aslen des Arabes d'être la Camarata des Romains.

L'île d’Archgoul, Harcbgoun, dont nous avons fait Rachgoun, est située à l’О, du cap Oulhasa, à la distance de 7 milles, et au N. d'une petite anse, bordée d'une plage de sables, où se jette la Tafna.

L'oued-Tafna, la plus grande rivière de la province d'Oran, prend sa source dans les montagnes des Beni Snous, au S. ; elle se grossit de quelques cours d'eau, notamment de l’isser, et vient, après un; parcours d'une centaine de kil, se jeter dans une anse de 1800 met d'ouverture, située à l'extrémité occidentale du golfe de Harchgoun ou Rachgoun. La partie 0, de cette! Anse est terminée- par une pointe entourée de rochers, dont le plus gros est éloigné vers le large. L'extrémité est formée par une langue de terre étroite, sur laquelle on voit une tour carrée en pisé, de construction mauresque et appartenant à l'ancienne V. arabe d'Archgoul; a peu de distance de :a tour, à environ un mille, vers l’Е., on remarque un rocher pyramidal. très-aigu, à peine éloigné d'une encablure de la côte.

C'est en remontant la Tafna, dans une longueur de 4 kil, que l'on rencontre à Takebrit les voûtes, l'emplacement de Siga, la première capitale de Syphax, dont le port. Portus Sigensis, a également disparu.

A Portus Sigensis, succéda, vers le Xe siècle, la V. arabe d'Arehgoul; elle possédait, selon El Bekri, un beau djama, mosquée, de sept nefs, dans la cour duquel étaient une grande citerne et un minaret solidement batis; elle renfermait aussi deux bains, dont un était de construction antique. Bâb-el-fotouh, la porte des Victoires, regardait l'occident ; Bâb-el-Emir, la porte de l'Emir, était tournée vers le midi, et Bâb mernissa vers l'orient, toutes ces portes étaient cintrées et percées de meurtrières. L'épaisseur des murs était de huit empans (I met. 880 c.). Le côté N. était celui qui pouvait offrir le plus de résistance à l'ennemi. Dans l'intérieur se trouvaient plusieurs puits de lionne eau, qui ne tarissaient jamais et qui suffisaient à la consommation des habitants et de leurs bestiaux. Au S. de la V. était un faubourg, Archgoul, un moment puissante, fut détruite en même temps que Tiharet par les Béni hillal, pendant la guerre d'Ibn- R'ania contre les Almohades, au XIIe siècle de notre ère; et ses habitants vinrent grossir le nombre de ceux de Tlemcen.

Lorsqu'en 1835, le gouvernement français reconnut que la province d'Oran était le principal foyer de la résistance des Arabes, il résolut d'y faire sentir sa puissance. Les expéditions de Maskara, de Tlemcen et de Rachgoun, eurent lieu, et, comme conséquence de l'occupation du Mechouar de Tlemcen, on créa l'établissement de la Tafna et celui de l'Ile de Rachgoun. Les travaux consistaient en deux forts, placés sur les rives de la Tafna ; les forts Clauzel et Rapatel, réunis par une ligne intermédiaire, protégeaient les débarquements ; deux redoutes, placées à 600 met. de l'embouchure de la rivière, permettaient d avoir de l'eau potable. L'ile de Rachgoun, l'insula Acra des Romains, à 2 kil, de la terre ferme et ayant 800 met. de long sur 200 dans sa plus grande largeur, escarpée dans tout son pourtour, excepté du côté S. 0., fut pourvue de bâtiments sériant de logement et de manutention.

L'abandon de Tlemcen entraîna celui de la Tafna et de l'île.

L'importance que prennent de jour en jour les centres de l'intérieur ouest de la province d'Oran, peut faire justement supposer le prochain rétablissement d'un port à la Tafna ; plusieurs projets ont déjà été présentés, celui entre autres d'un bassin de HO hectares, dont la dépense serait de 6 millions de francs. Des intérêts nombreux sont attachés à la réalisation de ce dernier projet.

De la Tafna au cap Noé, la côte prend une direction assez uniforme, avec quelques dentelures, mais sans enfoncements remarquables ; elle présente presque partout des murailles rocheuses, et les terres s'élèvent de plus en plus, On voit aussi deux gros rochers ou îlots peu éloignés de la côte, et auprès desquels les barques du pays trouvent un abri. A quatre milles avant d'arriver au cap Noé et à peu de distance du second îlot, on aperçoit une tour sur un mamelon voisin de lamer, le His-Ouerdania (d’el-Bekri, le portus Coecilii des Romains? A un mille plus près et sur le bord d'une petite rivière est le bordj Amer.

Le cap Noé, cap Onaï et mieux cap Noun, Honeïn, formé par des terres hautes et coupées à pic du côté de la mer, ne se distinguerait cependant pas facilement sans le djebel-Tadjera, situé près de là, dont le sommet tronqué et aplati est élevé de 864 met. A l'E, de ce cap, il y a une petite anse avec une plage, où les bâtiments du pays peuvent se réfugier et se tirer à terre ; on voit tout près du bord de la mer les ruines d'Honein, V. qui a disparu dans les premiers temps de la domination espagnole à Oran. Le Hisn honein, d'après El Bekri, dominait un bon mouillage qui était très-fréquente par les navires. La forteresse d'Honeïn, entourée de beaux jardins, était occupée par une tribu nommée Koumia, dont est sorti Abd-el-Moumen, premier souverain de la dynastie Almohade.

C'est sur ce point de la côte qu'on cherchera le Portis Gypsaria de Ptolémée, l’Artisiga d'Antonin.

A l'O, du cap Noé, la côte est encore escarpée et forme un léger enfoncement pour se relever ensuite et former le cap El-Kada ; il est ires-difficile à reconnaître de loin, car il est formé par des terres plus basses que celles des environs, vers l'intérieur.

A 7 milles de Nemours, l'oued- Kouarda, le Popletum flumen des Romains, vient se jeter dans la mer, près de Mersa ou port des Beni-Aiad.

Le cap Milonia paraît isolé ou détaché du côté de l'intérieur, à cause des terrains bas qui l'entourent à l’Est. et à l'O. A quatre milles à peu prés de ce cap, la côte forme un enfoncement que les Arabes nomment Foum , bouche , Hadjeroud; c'est là que se jette l'oued-Hadjeroud ou Kiss, qui, remontant au S. E. , nous sépare du Maroc, dont la Moulouia devrait être la limite naturelle avec l'Algérie, comme elle tut celle de la Mauritanie Tingitane avec la Mauritanie Césarienne, et plus tard, celle du royaume de Fez avec le royaume de Tlemcen.

Source : Itinéraire historique et descriptif de l'Algérie ; Par Louis Piesse

 

 

 

 

Commentaires (3)

1. bdjillal (site web) 02/05/2012

c'est vrai que le voyage ORAN GHAZAOUET par la mer est une aventure et toute une histoire.je connais bien la cote ,mais de Rachgoun à sidi youchaa plage on peut distinguer une belle verdure et un beau paysage encore vierge ,qu'il est beau notre pays!!!!!!!

2. bdjillal (site web) 02/05/2012

j'ai oublié de faire une remarque:l'oued Tafna prend sa source à l'est des montagnes des BENI SNOUSS au sud est de la ville de SEBDOU et l(oued KISS est actuellement la frontière naturelle entre le Maroc et l'Algérie

3. ahmed 09/11/2014

thanksssssssssssssssssssssssss

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