Oulhaça d'après MAC CARTHY p2

 Excursion de Tlemcen à Rechgoun

Beni-Fouzèche.

Les limites du pays des Beni-Fouzèche sont :

Au nord, la mer depuis Mersa-Ourdania jusqu'à un point voisin du Djebel Tiksemt, sur une étendue de près de 29 kilomètres;

A lest, du côté des Ouled-Khralfa, le Djebel Tiksemt, el-Maden, Coudiat-et-Tîn, Aïn-el-Alem, Goura- bamta, Sidi-Bahadji;

Au sud, du côté des Medienna-Garaba-Djerfel-Gue-léah et du côté du Mguénia, Çmah-ed-Dib, Haouch-Sidi- Dahman;

A l'ouest, du côté des Beni-Rimân une ligne qui part de ce point pour aller aboutira Addada, ainsi que nous l'avons vu plus haut, et du côté des Beni-Khralled, l'Oued-bou-Djera jusqu'à son embouchure à Mersa-el- Ourdania.

Ces points ne sont pas contestés, mais comme partout les terres des tribus voisines sont un peu mêlées avec celles des Beni-Fouzèche.

La superficie totale de ce territoire est d'environ 22,000 hectares, et sa population de 1,300 individus.

La partie orientale du pays des Beni-Fouzèche, la plus étendue des deux, celle qui forme à droite de la

Tafna un quadrilatère presque régulier, sur un plateau d'une hauteur générale de 100, 150 et 200 mètres au- dessus de la mer, et au-dessus duquel domine le Djebel Tasghou ou El-Bessal (403 mètres, capitaine Karth), qui en est le piton central. Le Djerf-el-Gueléah (le Djebel-el- Klie du capitaine Karth), le point le plus remarquable de la limite australe a 275 mètres *.

La partie orientale est formée de plateaux d'une grande égalité de niveau, élevés de 100 à 150 mètres au-dessus de la vallée de la Tafna, et dont la partie la plus étendue, entre l'Oued-ben-Djelloul et l'Oued-Kou-ren, prend le nom de plaine de Tadmaya.

La partie nord comprise entre la mer et le plateau d'Amar, de Tasghou, est très-profondément ravinée. Les ravins les plus considérables sont ceux d'El-Ansar, de Bou-Kourden et de Khralled. C'est là que se jettent, dans les premiers moments, les populations surprises par une attaque; de là, elles cherchent à gagner Rach-goun pour passer la rivière à la barre et aller se réfugier chez les Beni-Khralled.

Le plus important des cours d'eau qui arrosent le pays des Beni-Fouzèche est la Tafna, laquelle y est encore navigable sur une certaine étendue pour des embarcations tirant 1 mètre et 1 mètre 50 c. ; l'Oued-bou- Djelloul, qui se jette dans la Tafna au-dessous du Haouch-Sidi-Dahman; l'Oued-bou-Djera, qui se jette dans la mer, à la Mersa-Ourdania; l’Oued-el-Ansar, qui, d'un côté tout à fait opposé, s'y rend dans la Mersa-Mta-Ah'met. A Mechra-Messaouda, la Tafna voit s'ouvrir ce ravin dont le cours est plus étendu que les deux derniers oued dont il vient d'être parlé, mais qui a si peu d'eau qu'on n'a cru devoir lui donner d'autre nom que celui de Faïdh-el-A't'ach, le bas-fonds de la soif. La voie romaine qui conduisait de Siga (Tik'embrît') à Timici colonia (Temouchent1) en suivait le flanc nord sur toute son étendue, ainsi que le fait encore aujourd'hui le chemin arabe.

1) M. le capitaine du génie Karth est auteur d'une carte de la partie occidentale de la province d'Oran. C'est un remarquable travail sur lequel j'aurai occasion de revenir, parce qu'il le mérite à tous égards. Je l'ai déjà fait connaître dans L’Almanach de l'Algérie pour 1850.

Les différentes fractions des Beni-Fouzèche ont leurs territoires mêlés.

Les terres de culture sont principalement dans le Faidh-el-Oc't'ch, à Dar-el-Hadar, à A'ïn-el-Alem, à El- Ansar, à Bessal, sur les bords de la Tafna et de l'Oued- ben-Djelloul, à Sidi-Yahia et à Sidi-Yakoub. Leur étendue est d'environ 7,000 hectares.

Les bords de la Tafna offrent de belles terres de pâture. En outre on fait paître les troupeaux sur les terres de culture non labourées 4,000 hect.

 Sur les terres vagues susceptibles de culture 5,500

Dans les parties boisées………………….... 4,000

                              Total…………………... 43,500

II y a de grandes parties de terres vagues qui pourraient produire de belles récoltes si elles étaient défrichées et nettoyées des palmiers nains, jujubiers sauvages, les lentisques, broussailles et autres arbustes qui les couvrent. Ces terres se trouvent principalement entre le Faidh-el-A' t'ach et le Djebel-el-Gueleah, vers le Djebel- Ansar, à Bessal, et sur la rive gauche de la Tafna, vers l'Oued-ben-Djelloul. Leur étendue peut être évaluée à environ 5,500 hectares.

Les terres vagues non susceptibles de culture à cause de la mauvaise qualité de leur sol et qui sont généralement couvertes de broussailles occupent les pentes du Djebel-el-Gueléab, du Djebel-el-Biaid, à gauche de la partie supérieure du Faïd-el-A't'ach, sur les versants nord du Djebel-el-Ansar, du Djebel-Tasghou (El-Bes-sal), et surtout aux bords de la mer où le sol est très* rocailleux et profondément raviné. Superficie, 5,500 hectares.

On trouve des bois taillis :

1)- Dans la vallée du Faïdh-el-A't'ach, et principalement sur la rive droite; à El-Bessal, à El-Ansar, à Djebel, puis El-Gueléah. Leur supcrlicie est d'environ 4,000 hectares.

Le lentisque est à peu près la seule essence de ces bois.

D'après les Arabes, il y aurait, au lieu appelé El-Maa- den (la mine), sur la limite orientale du pays des Beni-Fouzèche, un minerai jadis exploité, mais qui n'a pas encore été déterminé *. On trouve d'ailleurs d'abondantes carrières de toutes espèces et auprès du Mechra- Messaouda, ainsi que j'ai pu le constater, des collines entières de gypse cristallisé ; des carrières y ont été exploitées par un colon de Tlemcen avec succès il y a quelques années.

Les Beni-Fouzèche ensilottent2 généralement dans leurs villages. La fraction des Ouled-bou-Djema a cependant un matmore à

Timkrent'.

Aucune route française ne traverse encore le pays des Beni-Fouzèche, mais cela aura lieu aussitôt que la fondation du village de Rachgoun sera ordonnée.

Les deux principaux chemins arabes du pays sont : le chemin de Rachgoun, par la rive droite de la Tafna, grande artère du pays; le chemin qui relie le bassin de la Basse-Tafna à A'ïn-Temouchent', en passant par le Faïdh-el-A't'ach, chemin partout facile; le chemin direct de Rachgoun à A'ïn-Temouchent' par Dar-Dachera- bou-Hamedi, sentier très-difficile ; le chemin de Rachgoun à Addada, passant par le village de H'adj-Moh'am-med en faisant communiquer la Basse-Tafna avec le pays des Beni-Khralled; le chemin de Çmah-ed-Dîb à Addada.

Les Beni-Fouzèche fréquentent le marché de Sog-et-Tnîn, chez les Beni-Rimân.

A 1,000 mètres au-dessus de l'embouchure de la Tal'na on voit les ruines de la vieille Siga, appelée aujourd'hui par les Berbères Tikembrit.

1)- Je me propose de visiter cette localité lorsque j'irai lever le plan de l'ancienne Camarata, aujourd'hui Sidi-Sliman, dont les ruines sont, d'après ce que m'a dit le général de Mac-Manon, dans le même état de commotion que celles KAd-Rubras (Hadjar-Roum) que j'ai explorées au de novembre 1849.

2)- Ensilotter, meure en silos, est un verbe franco-algérien très-usité.

Statistique.

J'ai détaché les éléments statistiques relatifs aux deux fractions des Oulhaça du corps de la description géographique, afin de les rendre plus saisissables. 

 

Béni-Riman

Béni-Fouzèche

Distance du centre de la tribu à Tlemcen…...

Superficie en hectares………………………

Cavaliers……………………………………

Fantassins………………………………….

Vieillards, femmes et enfants………………

Total de la population………………………

Tentes………………………………………

Gourbis…………………………………….

Nombre d’habitants par kilomètre carré….

Bœufs et vaches……………………………

Moutons……………………………………

Chèvres........................................................

Chevaux et juments………………………...

Mulets………………………………………

40 k.

8,000

16

384

894

1,294

107

87

16

1,034

6,033

1,941

76

19

46 k.

22,000

15

369

773

1,137

80

111

3

882

4,551

1,613

29

32

                               Ces chiffres sont pour 1849.

Après cette digression un peu longue, mais nécessaire, et qui acquerra plus d'intérêt lorsque nous serons définitivement établis à Rachgoun, je reprends le récit de notre excursion.

Le 20 à sept heures du matin, le général de Mac-Mahon ayant laissé une grande partie de son escorte au petit camp qui couronnait les falaises élevées de la Tafna, prit la route de Rachgoun. Passant par la rive gauche pour l'étudier, il devait revenir par la rive droite, ce qui le mettrait complètement à même d'apprécier la convenance plus ou moins favorable des diverses portions que l'on pourrait assigner à la ville future, et décider du choix que l'on devait faire de l'une des deux rives pour y faire passer la route destinée à réunir cette nouvelle portion à Tlemcen.

A. peu de distance, au nord de Messaouda, la vue s'arrête sur le versant nord de la vallée du Faïdh-el- A't'ach qui, s'avançant vers l'ouest, sous la forme d'un promontoire aux flancs escarpés et abruptes, remarquable d'ailleurs par la couleur blanchâtre marbrée de tons rosaires et gris. C'est le second grand obstacle que la Tafna a dû renverser pour gagner la mer et le mur quelle a dû percer pour sortir de sa seconde prison, les plaines de Tah'emdent' et d'Ouelmen. Elle l'a fait en appuyant tellement à droite qu'elle n'a laissé de ce côté qu'un sentier en corniche où les hommes et les chevaux ont grand-peine à passer lentement, s'ils ne veulent pas traverser la montagne ou prendre le gué, situé au pied de l'immense amas de calcaires gris veiné de carbonate de chaux blanc, d'argile et surtout de plâtre cristallisé qui compose la plus grande partie de cette masse énorme de terres auxquelles elle se rattache plus haut. Comme j'ignore son nom local, je l'appellerai la Montagne de Plâtre, ce nom la désigne parfaitement. Nous prîmes légué; on y arrive du haut des falaises par des pentes douces. La Tafna y est assez large, mais elle était alors peu profonde. Tournant presque aussitôt à droite par l'extrémité la plus éloignée des plaines d'Ouelmen, on ne tarde pas à traverser des mouvements de terrains qui ne sont autre chose que la continuation de la muraille naturelle brisée jadis par la Tafna, puis on descend dans la plaine peu large qui borde la rive gauche jusqu'à Takembrît*, point à partir duquel

elle s'élargit de plus en plus jusqu'à la mer. Je ne suivis pas cette route. Impatient comme toujours de voir un site antique, de chercher un lieu auquel se rattachent les souvenirs du passé et qui parle à l'esprit, je cherchais Siga, je cherchais la mer lointaine et Rach-goun. A la suite des Arabes, je longeai donc le bord des crêtes qui termine la longue plaine de Tadmaya, puis, descendant le flanc presque perpendiculaire d'un ravin où les pierres se montraient à nu au milieu d'une terre noire couverte de brousailles, je descendis dans la plaine sur laquelle mes regards plongeaient il y avait un moment, puis, passant l'Oued-Kouren, dans lequel il n'y avait qu'un filet d'eau, à son embouchure, je traversai le col à peine indiqué par lequel la colline de Siga se rattache au plateau situé en arrière pour entrer enfin dans la plaine qui se termine au rivage de la mer, plaine à laquelle on donnera sans aucun doute plus tard le nom Rachgoun et qui porte dans sa partie centrale celui d'El-Msaïda. Tout le territoire que je venais de traverser offrait de nombreuses terres cultivées souvent très-étendues; et partout où la charrue n'avait pas tracé un sillon, la végétation sauvage ordinaire dans toute cette région, les palmiers nains aux feuilles en éventail pleines de force et de verdeur, le sedra aux épines maudites, le guendoul, grisâtre aux pointes piquantes, puis de toutes parts les oignons elles bumays. J'atteignis le bord de la mer en suivant presque toujours le bord de la Tafna que les pentes ont rejetée au pied des plateaux de l'Est en laissant ainsi à la plaine toute sa largeur.

En avant d'une plage formée par des dunes d'un sable mouvant, blanc jaunâtre, très-fin, s'élevait à un peu plus de 2,000 mètres une île aux falaises jaunes, à la surface légèrement brunie par une triste et basse végétation, sur le fond de laquelle se détachait une ligne de constructions peu élevées. C'était l'île de Rachgoun, l'Akra-Neros, l'île élevée de Skylan, le premier qui ait tracé le périple de ces côtes éloignées plusieurs siècles avant le Christ, à une époque où elles étaient déjà familières aux Phéniciens et aux Carthaginois.

Le général n'était pas encore arrivé. Une fois dans la plaine, il avait voulu en explorer la limite occidentale près de la mer, afin de reconnaître si on pourrait placer la ville de ce côté sur la hauteur, et si, cela étant, on y trouverait de l'eau. Ses espérances et celles du commandant Gobert à cet égard n'étaient pas très-en- cour-geantes.

En attendant, je m'assis sur le sable et pris une vue de l'île, en regrettant de ne pouvoir dessiner celle des falaises qui couronnent les restes de l'ancien camp français dont les murailles et les tours ont, vues de ce point, quelque chose de romain, de monumental qu'on observe très-rarement dans les restes de nos créations passagères sur le sol algérien.

A peine avais-je terminé, que le général arriva de son excursion, Nous passâmes la Tafna à la barre où il y a au plus 1 mètre à l mètre 30 centimètres d'eau, mais au-dessus l'eau est beaucoup plus profonde. Quoi qu'il en soit, cette barre est bien moins forte que celles de la plupart des autres rivières de l'Algérie, ce qui montre qu'elle est placée dans de bonnes conditions; car voilà sans doute bien des siècles qu'on n'y a pas touché; il faudra peu de travaux pour la rendre praticable à de fortes embarcations lorsqu'on voudra dans l'avenir utiliser la rivière. Cet état de choses est sans doute dû à la présence de cette digue sous-marine dont l'existence est nettement indiquée par l'île de Rachgoun et les rochers situés près de la côte au sud-ouest sur une même ligne et qui partage la baie où vient se jeter la Tafna contre les fortes houles engendrées par les vents d'ouest, les vents dominants de celle partie de la Méditerranée.

Une tente avait été dressée à quelque distance du rivage et une diffa abondante disposée par les soins du caïd des Oulhaça. Le déjeuner nous prépara tout naturellement à l'exploration du site de l'ancien camp dont la situation paraissait assez heureuse pour recevoir l'établissement projeté.

                                                                                    0. Mac Carthy.

 Source : Revue de L’Orient et de L’Algérie et des Colonies, tom-07-1850

Commentaires (2)

1. 18/09/2010

2. bdjillal (site web) 01/05/2012

dommage qu(on ne retrouve pas de nouvelles recherches ,quelques études timides ont été entreprises et un petit article signé par le journaliste D.Benachour a rapporté l'information:mois du patrimoine du 18 avril au 18 mai 2012 et une conférence a été donné par Z.Belakhdar au musée ZABANA 0 ORAN VOIR JOURNAL EL WATAN DU 25 AVRIL 2012

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